7 DECEMBRE 2017/DATE ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE FELIX Houphouët-Boigny : Comment les héritiers ont mis en lambeaux l’héritage du ‘’vieux’’

Publié dans Politique
jeudi, 07 décembre 2017 00:00
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7 décembre 1993-7 décembre 2017. 24 ans déjà qu'il a plu à Dieu de rappeler auprès de lui son humble serviteur président Félix Houphouët-Boigny, fondateur de la Côte d'Ivoire moderne et du PDCI-RDA.  L’Houphouétisme... une ”doctrine”, un "concept"?

Le terme est à la mode. Chacun, leaders politiques de l’opposition comme du pouvoir, y va de sa propre interprétation. Au moment où la Côte d’Ivoire commémore aujourd’hui le 24 ème anniversaire de la mort de son premier président, Félix Houphouët-Boigny, décédé le 7 décembre 1993. La question que chacun se pose est celle de son héritage politique dont une partie de la classe politique se réclame. Et c’est 

Frédéric Grah-Mel, professeur à l’École nationale supérieure d’Abidjan, auteur d’une biographie en trois tomes de Félix Houphouët-Boigny (Cerap - Karthala, 2011), qui résume dans ses écrits la vie du ‘’vieux’’. « La mémoire d’Houphouët-Boigny est très lourde au point de constituer une hypothèque politique : vilipendé à la fin des années 1980, il est aujourd’hui, au lendemain de la crise, l’objet d’une nostalgie politique », dit-t-il. Selon lui, ‘’Houphouët-Boigny avait une conception pragmatique du pouvoir. Anticolonial à la fondation du Rassemblement démocratique africain (Rda) en 1946, il a su évoluer pour prendre une place hégémonique au sein de la « Françafrique » (il est d’ailleurs l’inventeur du terme) dont il est un architecte. En Côte d’Ivoire, il a misé sur l’union ethnique et la répartition patrimoniale pour construire son Etat autoritaire Pdci-Rda.

La paix, disait Félix Houphouët-Boigny, c’est le préalable au développement. Sa gouvernance était guidée par ce credo. Pour faire advenir la paix, il n’avait pas d’autre arme que la parole. Il parlait de la paix en permanence et certains lui ont même reproché d’en avoir fait une marotte. Mais cette parole s’est faite chair. Car, à force d’entendre parler de la paix, les Ivoiriens en avaient naturellement fait une réalité vécue, sous la vigilante surveillance de leur chef d’État. Ils n’ont sombré dans le contraire de la paix que lorsque le discours national a été marqué, après lui, par les mots « machette », « kalach », « guerre »…’’ Les réalisations d’Houphouët à travers la Côte d’Ivoire parlent à sa place car il n’a pas laissé d’écrit. « Il y a deux grands personnages au monde qui n’ont jamais écrit un mot, même pas une seule lettre, mais qui sont les plus lus au monde, Mahomet et Jésus-Christ. Vous allez me dire qu’ils l’ont fait écrire par leurs disciples. Mais vous êtes aujourd’hui, ici rassemblés, jeunes, vieux, enfants, vous êtes les disciples de mon action ». Houphouët-Boigny s’en remettait à ses « disciples » pour écrire son œuvre et théoriser un « houphouëtisme ». Une pensée qui s’appuie sur le triptyque « paix, tolérance et dialogue » dont se revendiquent nombre de grandes figures de la scène politique qui ont fait leurs classes à ses côtés : les fameux disciples.

« L’houphouëtisme pourrait être comparé au Gaullisme », souligne Amara Essy, l’ancien ministre des Affaires étrangères qui fut très proche du « Vieux ». Pour lui, « les houphouëtiens, ce sont les gens comme moi, les disciples qui ont pu apprendre au côté de Félix Houphouët-Boigny, avant de transmettre et de préserver cet héritage ». Frédéric Grah-Mel se veut plus incisif. « Je dirais, si je ne craignais pas d’être excessif, que son héritage politique est nul aujourd’hui. Il s’était efforcé de faire vivre harmonieusement les deux grandes composantes de la population ivoirienne, les autochtones et les allogènes. Aucun de ses successeurs n’a semblé, jusqu’à présent, intéressé par cet objectif qui montre pourtant la voie vers la construction de la nation ivoirienne. Nous sommes passés de la théorie de « l’ivoirité » à celle du « rattrapage ».

L’expression « vivre ensemble » qui est sur toutes les lèvres aujourd’hui en Côte d’Ivoire, au-delà du slogan, n’intéresse personne. Avant d’être un motif d’inquiétude pour le futur, cela est d’abord un échec de l’héritage politique de Félix Houphouët-Boigny ». Pour Alexis Dieth, Docteur en philosophie de l’Université de Poitiers et chercheur à Vienne (Autriche), spécialiste de la philosophie morale et politique de Kant, ‘’ l’Houphouëtisme, synthèse des traditions et de la modernité, opère la combinaison difficile de l’unité et de la multiplicité dans le régime de la démocratie républicaine libérale. L’objectif de la dimension républicaine de cette démocratie était de réaliser l’unité de la diversité socio-culturelle à travers la citoyenneté. L’objectif de sa dimension démocratique était de réaliser la coexistence de la pluralité sociale dans le respect réciproque des particularismes.’’

A l’en croire, la viabilité politique du Pdci et du Rdr qui se réclament de l’houphouétisme dépendra de leur capacité respective à se distancier des extrémismes identitaire et national-populiste. « Leur identité partisane devrait se construire et se consolider sur leur consensus commun dans les valeurs de la République et de la Démocratie qui ne sont rien d’autres que les valeurs constitutives de l’houphouëtisme. Le Pdci et le Rdr devront donc se défier, tout à la fois, de la représentation du parti comme coalition régionale et ethnique, et comme parti de chef. Il leur faut révoquer la conception antidémocratique de la représentation politique comme incarnation de l’identité d’un peuple ethnique, au profit de la conception démocratique et républicaine de la représentation comme délégation d’un mandat révocable aux élus d’une Nation de citoyens », prévient le chercheur. Les héritiers d’Houphouët sont-ils à la hauteur de la tâche pour faire prospérer son héritage? Pour l’artiste Tiken Jah, le Rhdp, coalition au pouvoir,  n’est ni plus ni moins qu’ « un complot contre les Ivoiriens ». « On a l’impression que le groupe s’est construit pour partager le gâteau depuis leur arrivée au pouvoir. Des ministres sont incompétents mais ils ne sont pas remplacés car c’est le président Ouattara ou Bédié qui les ont nommés. Si on continue comme cela, nous n’avancerons pas », regrette-t-il. Et l’auteur de « Dernier appel » de poursuivre : « Je suis déçu par la gouvernance de Ouattara non seulement parce que la corruption a pris le dessus (...) Le bilan du président Ouattara est celui de Bédié. Ils ont mis des gens à des places qu’ils ne méritent pas ».

ABOU TRAORE

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