Entretien exclusif/ Vanié Firmin, livreur de médicaments à Roxy Adjamé, le plus grand marché de médicaments de rue d’Abidjan

Publié dans Société
jeudi, 19 octobre 2017 00:00
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« Voici comment le trafic de médicaments de rue est organisé depuis le Nigeria, la Guinée, le Ghana jusqu’à Adjamé Roxy-Abidjan »

‘’Souvent ce sont les forces de l’ordre qui escortent les camions de médicaments de rue pour entrer à Abidjan’’

Le marché de Roxy d’Adjamé est  le plus grand commerce de médicaments de rue d’Abidjan. La question fondamentale que tout le monde se pose est de savoir comment ces tonnes de médicaments, depuis le Nigeria, le Benin, la Guinée, le Ghana atterrissent en plein cœur de la capitale économique ivoirienne, malgré la présence des corridors et autres démembrements des forces de l’ordre. Dans cette interview exclusive, Vanié Firmin, un livreur de médicaments de Roxy Adjamé depuis 10 ans, après des mois d’hésitation, a accepté de nous livrer tous les contours de ce trafic qui représente 30% des ventes de médicaments en Côte d’Ivoire et occasionne chaque année une perte comprise entre 40 et 50 milliards de francs CFA au secteur pharmaceutique légal.

D’où proviennent les médicaments de rue que nous retrouvons au marché de Roxy et à travers la ville d’Abidjan ?

Ces médicaments proviennent en général de trois pays  différents : le Ghana, le Nigeria et la Guinée. Ils entrent par les frontières terrestres. Il y a les médicaments qui entrent par la voie normale, et il y a                                                                                                                                     également le  fait qu’on se serve des camions qui  transportent les plateaux d’œufs pour faire entrer ces médicaments en Côte d’Ivoire. Avec le Nigeria, il faut transiter par le Benin, le Togo et le Ghana. Toujours est-il que tous ces médicaments passent par les frontières terrestres.

Quelles stratégies adoptent les trafiquants pour échapper aux contrôles ?

Ces médicaments sont transportés par des camions banalisés. Il y a plusieurs endroits de débarquement à Adjamé Roxy comme à Abobo. Il y a également des compagnies de transport qui agissent en complicité avec les trafiquants pour convoyer les stocks de médicaments. Il faut noter que dans beaucoup de cars, ce sont les forces de l’ordre qui convoient ces médicaments jusqu’à leur destination finale à Abidjan.

Est-il vrai que chaque entité des forces de l’ordre, de la mairie, etc.  reçoit chaque jour des  vendeuses afin de fermer les yeux sur ce commerce illicite ?

Il y a deux marchés de médicaments de rue. Il y a le premier  marché qui est vers la poubelle qui appartient à deux personnes : un premier côté qui appartient à un Libanais et l’autre à un Africain. C’est du côté libanais qu’il y a les encaissements de la mairie.

Et les forces de l’ordre ?

Il y a les corps habillés anti drogue qui sont présents. Quand ils saisissent les marchandises, on fait des petits arrangements entre nous. Quand la marchandise n’est pas encore arrivée, on les appelle pour qu’ils aillent escorter le camion jusqu’à l’entrepôt. Pour ce qui est des policiers qui sont dans les commissariats, on fait appel à eux pour escorter nos marchandises qui vont à l’intérieur du pays par car. Ce sont des arrangements entre nous.

 

On retrouve parmi ces médicaments ceux vendus dans les pharmacies. Comment se retrouvent-ils là, loin des pharmacies ?

Certains médicaments de pharmacie sont importés par les trafiquants. Les Efferalganpar exemple proviennent du Benin. Par ailleurs, il y a des délégués médicaux qui livrent des médicaments de pharmacie aux vendeuses de Roxy.

Qui sont les clients fidèles des vendeuses du marché de médicaments de  Roxy ?

Nous avons toutes sortes de clients. Pour les médicaments pharmaceutiques, les clients fidèles sont les cliniques dans les quartiers. Pour approvisionner leurs cliniques, les responsables viennent à Roxy car c’est moins cher.

Comment comprendre que malgré les menaces, les mises en garde des autorités et des forces de l’ordre, le marché de médicaments de Roxy soit toujours là ?

Il faut de véritables mesures d’accompagnement pour que les femmes abandonnent ce commerce qui leur permet de vivre. Et puis c’est une chaîne alimentaire. Manger et être mangé. Les corps habillés savent quand et comment les médicaments arrivent. C’est eux-mêmes qui servent d’intermédiaires entre les trafiquants. C’est eux-mêmes qui escortent les véhicules chargés de ces médicaments.

 

Selon certaines informations, les grands hôpitaux comme les Centres hospitaliers universitaires (Chu) s’apprivoiseraient également dans ces marchés de médicaments de la rue. Qu’en est-ilréellement ?

Je suis un témoin privilégié. C’est une réalité. Ces Chu passent par les filles de salle qui viennent s’approvisionner. Ce sont les travailleurs des Chu de Treichville et de Yopougon qui s’approvisionnent beaucoup au marché Roxy. Une fois, je suis allé même faire des encaissements au Chu de Treichville car on devait à ma tante.

 

Etes-vous conscients que ces médicaments que vous vendez peuvent être dangereux pour les malades voire les populations ?

Au fait, on trouve tout au marché de Roxy. Il y a beaucoup de médicaments de pharmacie. Le vrai problème est celui de l’entretien, sinon la garantie. C’est stocké dans les magasins dans des cartons. Il n’y a pas de sécurité à 100%.

 

Combien de tonnes de médicaments selon vous arrivent à Abidjan et précisément à Roxy par jour ou par mois ?

C’est difficile de quantifier. Car tout le monde ne fait pas la pharmacie. Il y a celles qui sont spécialisées dans les comprimés de la Guinée, celle du Ghana, du Nigeria. Par contre, celles qui font le Ghana, peuvent faire la Guinée comme le Nigeria. C’est en fonction du marché. Il n’y a pas de quantité et de prix fixe, ça varie selon la période.

 

Entre les médicaments de rue et ceux de la pharmacie, qu’est-ce qui marche le plus ?

Ce sont les médicaments de rue.

 

Est-il vrai que certaines personnes envoient leurs ordonnances au marché de Roxy au lieu d’aller vers les pharmacies…

C’est la vérité. Quand ils ont des ordonnances de 50 mille Fcfa, ils savent qu’à Roxy, ils peuvent avoir ces médicaments à moins de 30 000 Fcfa. C’est un peu la pauvreté et les charges sur certaines personnes qui le conduisent vers Roxy.

 

C’est quand même étonnant que des femmes qui n’ont jamais été à l’école puissent lire des ordonnances et choisir des médicaments de substitution…

 

Toutes les femmes de Roxy ne sont pas analphabètes. Il y a certaines qui ont fait des études.

 

Quel est le médicament qui marche beaucoup à Roxy ?

Tout marche bien. C’est la conservation du médicament qui fait souvent la différence avec ceux vendus à la pharmacie. Il y a une expression qu’on utilise ici à Roxy : ‘’valan valan’’. Cela veut dire que ces médicaments ont les mêmes qualités que ceux vendus à la pharmacie.

 

Il y a des médicaments pharmaceutiques qui ont un degré d’exigence assez élevé pour leur conservation. Comment cela se passe à Roxy pour les manipulations de ces produits ?

On évite ces  genres de médicaments ici à Roxy.

Interview réalisée par Abou TRAORE

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